Le phénomène “Starbuck”

Remake n.m.: Nouvelle version d’un film, d’une oeuvre littéraire. – Dictionnaire Larousse

Au cinéma comme en télévision, le remake est devenu un genre à part entière: des oeuvres comme Psycho de Gus Van Sant, Ladykillers des frères Coen et plus récemment, Passion de Brian de Palma prennent la vedettes aux films desquels elles se sont inspirés. Evidemment, le remake ne se limite pas au cinéma mais s’étend aux jeux vidéos – Lara Croft: Tomb Raider avec Angelina Jolie en 1996 – et aux séries télévisées comme Un Gars, Une Fille ou même Caméra Café. Il peut aussi dépasser les barrières en étant adapté à l’international, dans différentes langues, comme l’ont fait les réalisateurs de The Bridge, Meredith Stiehm et Elwood Reid, en s’inspirant de la série danoise, Broen.

Avant d’être une adaptation, le remake était tout simplement le même film que l’original, mais sous différents angles de vue. Exemple, en 1892, les frères Lumière tournent plusieurs versions de L’arroseur arrosé. C’est donc le même film, avec les mêmes scènes, mais d’un différent point de vue. Ok. Dans les années 30, soit quarante ans plus tard, des réalisateurs comme Alfred Hitchcock et son fameux film, L’homme qui en savait trop (1934 ET 1956), réalisaient des films, et quelques années plus tard, surement par ennui ou mécontentement, retravaillaient leur oeuvre afin de l’améliorer. Le film sortait, parfois sous le même nom (ou pas) et était considéré comme un tout autre film. Même réalisateur. Mêmes images. Aération narrative. Bien. Heureusement, au fur et à mesure, les remakes ont été fais par d’autres réalisateurs, sur différents supports, et même avec des scenarii différents. En 2010 a même été créé à Los Angeles, le Remakes Market, où éditeurs, réalisateurs, auteurs, écrivains et scénaristes peuvent se rencontrer et discuter de leurs oeuvres et peut-être, d’une future collaboration.

Néanmoins, en 2011, la sortie de Starbuck, réalisé par Ken Scott, inspire nombre de réalisateurs, et ce, sur différents continents. Récit d’une épopée cinématographique internationale. Le remake, un hommage?

David Wozniak, grand adulescent de quarante deux ans, travaille dans la boucherie famille. Alors qu’il mène une vie (presque) tranquille, il apprend qu’à la suite de ses nombreux dons de spermes, il est le père de 533 enfants et 142 souhaiteraient connaitre son identité et savoir enfin qui est “Starbuck”.

Après un énorme succès, la comédie québécoise a inspiré la réalisatrice française Isabelle Doval (Rire et Châtiment, Un Château en Espagne), qui sort Fonzy le 30 octobre 2013. José Garcia est Diego Costa, géniteur de 533 enfants, dont 142 veulent savoir qui est leur père, qu’ils ne connaissent que sous le nom de “Fonzy”. Les deux films sont, à l’exception de quelques plans, les mêmes. Certains dialogues sont identiques, et la construction du récit varie peu.

Fait encore plus marquant, Steven Spielberg a acquis les droits du film afin de produire, en partenariat avec Dreamworks, un remake américain de la comédie québecoise, réalisé par Ken Scott lui-même. Delivery Man, dont le rôle principal est incarné par Vince Vaughn (Serial Noceurs, Les Stagiaires) est sorti le 22 novembre 2013 aux Etats-Unis. Dans cette version américaine et américanisée, David Wozniak est de retour. Le récit est le même et les personnages aussi. Chaque action reste inchangée: les enfants ont les mêmes métiers, jusqu’au plongeon raté de David pour impressionner un de ses fils.

Deux formes de remakes sont donc ici présentes: un remake inspiré d’un film original pour la France, avec des personnages différents et une transposition d’un pays à un autre avec des codes propres à chacun, face à un remake réalisé par le même réalisateur avec les mêmes personnages et la même narration.

Le phénomène “Starbuck” n’en finit plus. En deux ans, trois films. Ken Scott et son compagnon, Martin Petit (aussi co-auteur de Starbuck) ont eux-mêmes deux enfants, et celui-là pensait important de parler de ce que c’est d’être père. Finalement, grâce à ces différents récits sur la paternité, une mise en abîme s’installe.

Hanoverhill Starbuck est le nom d’un taureau canadien connu comme étant le père d’une centaine de veaux grâce aux programmes de reproduction artificielles. D’où le pseudonyme de David Wozniak. Peut-on alors dire que Ken Scott est à son tour le géniteur de deux autres films? Même s’il n’est pas l’auteur de la version française, il a donné naissance à des triplés, dont le premier est Starbuck. En s’inspirant du premier volet des aventures d’un homme sans histoire devenu le père de 533 enfants, Scott a nourri l’histoire: du jamais vu au cinéma!

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Après avoir conquis le monde du cinéma, Ken Scott pourrait-il préparer une série pour 2015?

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