La Beat Generation n’est pas morte et s’est ancrée dans la société contemporaine

Dans les années 50, aux Etats-Unis, est né un mouvement littéraire que ses représentants, Williams Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac ont porté à bout de bras à travers leurs romans, leurs essais mais également, grâce à leurs idées. Plus qu’un mouvement artistique, la Beat Generation, est un mode de vie.

Précurseurs, ces trois hommes ont commencé à écrire de façon très autobiographique et sans filtre, leurs relations avec la drogue, le sexe et même d’homosexualité. Burroughs avait Le Festin Nu (Naked Lunch), Ginsberg avait Howl et Kerouac n’a jamais pu se séparer de Sur La Route (On The Road). Ces trois piliers de la Beat Generation et instigateurs de la révolution sexuelle ont du assumer l’influence qu’ils ont eu sur la société américaine, leur opposition contre la guerre du Vietnam, leur rôle dans le mouvement hippie, le mouvement gay mais également Woodstock.

Jack Kerouac #2
Jack Kerouac – Source: @Devin Smith / Flickr

A eux trois, ces hommes ont changé la vision que l’on pouvait avoir du monde en faisant un gros doigt à la politique du moment et aux représentants américains. Kerouac avait des envies de grands espaces, de changement mais toujours très timidement à travers un alter ego très en retrait et son pote Neal Cassady, ce bout en train qui n’a peur de rien et le faire s’élever, le fait parler et se réaliser pleinement. Burroughs est plutôt dans l’autobiographie et raconte sa rencontre avec la drogue plutôt cruement à travers cette fois un alter ego qui n’a pas peur de dire qui il est, aussi dégueulasse qu’il soit. Aussi, et sous forme de poème en prose, Ginsberg s’est vu interdire la publication de Howl a cause de ses propos trop explicites. Après plusieurs problèmes avec la justice, le gouvernement s’est rendu compte de l’importance de l’ouvrage dans la culture américaine et Ginsberg a enfin pu admirer son oeuvre voir le jour.

Ces trois hommes ont eu un influence incroyable tout au long des années 50 et 60 et contrairement à ce qu’on pourrait s’imaginer, la mort de Jack Kerouac en 1969 n’a pas mis fin au mouvement de la Beat Generation, mais lui a juste donné un autre visage.

Conversations

Au cours des années 70, Burroughs va rencontrer les premiers acteurs punks, qui ne sont autre que de fervents admirateurs des beatnicks. Lou Reed, Andy Warhol, Mick Jagger, vont tous rencontrer Burroughs et discuter avec lui de la société actuelle, d’homosexualité, et de drogues, malgré l’âge déjà bien avancé de ce consommateur de drogues libertin. Et Victor Bockris le retranscris extrêmement bien dans son livre Conversations entre Andy Warhol et William Burroughs.

Toujours entouré d’hommes plus jeunes que lui comme Bockris, John Giorno ou encore le réalisateur Howard Brookner, peut être car il en était amoureux ou tout simplement car il voulait faire passer son savoir faire à la nouvelle génération. Finalement “beat” veut bien dire battements, et si ce sont ceux du coeur, il ne faut surtout pas qu’il s’arrête de battre!

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William Burroughs – Source: Wikimedia Commons

A travers les écrits de Bockris, ces conversations qu’il a enregistrées puis retranscrites, William Burroughs vit pour nous faire découvrir un vieil homme tapit dans son appartement New Yorkais, le Bunker, à écrire et refaire le monde, boire et se droguer pendant que le monde arrête de tourner à l’extérieur de ces murs blancs.

Ce que dépeint Bockris dans Conversations, est une relation saine sur des sujets d’actualité entre Burroughs et Warhol: la drogue, l’homosexualité, la relation avec les autres et leurs travaux respectifs. A travers les yeux du jeune homme qu’il était entre 1977 et 1980, le lecteur découvre deux hommes normalement sacralisés dans leur quotidien et sans artifices. Le journalisme de Bockris ne consiste pas non plus à poser des questions pré-conçues à la “qu’est-ce qui a motivé ton travail” mais plutôt, parler comme si le magnétophone n’avait jamais exister et prendre les informations de la conversation telles qu’elles viennent. Une conversation entre deux amis. Homosexualité, cul et tout ce qui se passe dans l’intimité d’une personne, Bockris l’a publié pour mettre fin à toute une liste de tabous.

Victor Bockris
Victor Bockris, le porte parole de la Beat Generation. Source: Wikimedia Commons

Une nostalgie bien ancrée dans notre société

Ecrit en 2012, ce recueil de conversations n’est pas si différent que ce qu’on peut lire ou voir aujourd’hui. Les sujets sont toujours d’actualité, les débats toujours aussi virulents et les artistes toujours dans nos oreilles ou devant nos yeux.

La culture contemporaine ne peut pas renier ses influences beatnicks comme les jeunes compositeurs ne peuvent pas nier s’inspirer de la musique des Beatles ou des Rolling Stones. Ce serait se mentir à soi-même. Beaucoup de personnages de séries s’inspirent de la vie de nos trois héros nomades: Hank Moody dans la série Showtime Californication est un auteur incompris, perdu entre les drogues et le sexe et qui cherche une signification à sa vie à travers l’écriture et sa famille désunie. La série Shameless, que ce soit la version anglaise ou américaine, peint une famille meurtrie par l’alcoolisme patriarcal et tente de se construire tant bien que mal dans une société fermée où seul le regard des gens peut détruire une vie.

Les anglais ont également hérité de cette pensée libertine et en ont fait leur marque de fabrique avec des séries comme Lovesick, Skins ou encore Misfits. Tous ceux qui ne rentrent pas dans les clous sont poussés sous les projecteurs et leurs questionnements comme leur mode de vie sont analysés pour être mieux compris. Finalement, la Beat Generation, ne serait-elle pas un moyen de faire accepter nos différences dans un monde effrayant régit par tout un tas de règles? Ce n’est peut être pas pour rien que 55 ans après la publication du livre de Kerouac, en 2012, Walter Salles signe l’adaptation de Sur La Route. De même, en 2010, James Franco incarne un Allen Ginsberg jeune, en pleine rédaction de Howl dans une réalisation de Rob Epstein et Jeffrey Friedman au titre éponyme. Qu’y a-t-il aujourd’hui, qui était déjà d’actualité à l’époque pour que ces films parlent au plus grand nombre?

En tout cas, en France, cet héritage se fait extrêmement sentir dans la musique et ces artistes aux allures de Serge Gainsbourg, dans la mélancolie et la solitude de leurs paroles: Weekend Affair, Sébastien Tellier, Rayann, L’Impératrice, Benjamin Biolay ou encore des compositeurs comme Alex Beaupain. La liste est longue. La nostalgie vole au dessous de tous les arts car la liberté dont parle Burroughs et ses acolytes n’est toujours pas là. Les drogues sont toujours au centre de toute conversation mais plutôt réservée à une caste riche et non au bas de l’échelle sociale…

Comme une envie d’ailleurs… Source: @Cracki Records / YouTube

En 50 ans, la Beat Generation a laissé place à différents mouvement artistiques, de nouvelles musiques, une nouvelle façon de s’habiller mais un message identique: battons-nous pour la liberté d’expression. En fait, depuis Charlie Hebdo, la Beat Generation n’a jamais eu autant de sens que maintenant.

giphy
Et cette image ne date pas d’hier… Source: giphy.com

 

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