L’actrice et réalisatrice Maryam Touzani a les femmes dans la peau!

À l’affiche du film “Razzia”, sortie dans les salles françaises le 14 février, Maryam incarne une femme moderne et à la fois bridée par son mari. L’illustration sans voile d’une société qui se transforme, mais reste profondément marquée par les travers d’une culture d’homme. Comment vivre le changement dans le carcan des traditions ?

C’est la question que pose ce film choral dans chaque histoire qu’il entrecroise. Un trait d’union qui mène le spectateur à la rencontre de cinq destins persécutés, figures d’un autre avenir pour le Maroc. Entre allégresse et désespoir, le réalisateur Nabil Ayouch dépeint dans ce bijou au goût amer les tiraillements de ceux qui ne trouvent plus leur place. Des personnages à la poursuite d’un monde selon leurs propres termes. Là où l’espoir ne pourra naître qu’au prix d’une lutte et d’un printemps meurtri. Celui des hommes et femmes empreints d’un sentiment si fort d’humiliation qu’il lui fallait un nom : la hogra.

Bande annonce du film Razzia

Avec ce film rebel et magistral qu’elle co-écrit, Maryam Touzani poursuit son cheminement contre l’injustice. En effet, si le rôle qu’elle joue ne marque que ses débuts en tant qu’actrice, la Tangéroise de 38 ans s’est fait un nom dans l’art de récuser les dogmes et les violences faites contre les femmes. Enfant d’un père berbère et d’une maman elle-même née à Tanger, Maryam fait d’abord ses classes dans le Royaume, puis étudie le journalisme en Angleterre. De retour dans son pays natal, elle rencontre à l’occasion d’une interview son futur partenaire de vie et de travail, Nabil Ayouch.

Malgré ce lien privilégié avec le réalisateur, c’est d’abord seule que la jeune femme s’est initiée au cinéma. Un médium qu’elle utilise pour dessiner à main levée la femme telle qu’elle la voit. Une femme plurielle qui rit, qui pleure, qui bouscule les diktats et éveille les consciences. Les caméras lui servent de prisme pour révéler un ordre injuste et obsolète. Une ambition flagrante dans Quand ils dorment”, le premier court-métrage que Maryam réalise en 2012. Son personnage central, une petite fille appelée Sara, bravera les interdits pour ne laisser partir le corps de son grand-père décédé qu’une fois le jour venu.

quand

Image du court-métrage “Quand ils dorment” de Maryam Touzani.

Deux ans plus tard, le film documentaire Sous ma vieille peau” ou “Much Loved” pour les anglais, dépeint un paysage plus compliqué encore de ce que vivent les femmes. Avec cette fable au coeur de la détresse, Maryam, aidée de son conjoint, décrit l’histoire des filles contraintes de vendre leurs corps. L’histoire de Soukaina, Noha, Randa, et Hlima, qui comme tant d’autres n’ont pas eu le choix. Des femmes de joie, des putes que les hommes usent comme des objets et jettent ensuite. Personne ne veut les voir ou les entendre, même leur famille. C’est d’ailleurs bien tristement et sans surprise que ce portrait poignant a soulevé l’indignation des plus conservateurs.

Bande annonce du film “Much Loved” par Nabil Ayouch et Maryam Touzani.

Peu avant Razzia, Maryam s’était penchée en 2015 avec “Aya va à la plage” sur le thème de l’exploitation des jeunes enfants comme domestiques. Elle y choisit pour perspective le regard d’une petite fille nommée Aya, qui rêve à l’approche de l’Aïd de retourner chez elle. Un récit à la fois tragique et plein de poésie, qui change des oeuvres pesantes sur le sujet.

Maryam Touzani est une femme libre qui montrera tout ce qui ne va pas. Une femme plurielle qui écrira envers et contre tous. Son prochain film doit être tourné très prochainement et, c’est certain, ne manquera pas d’être teinté d’une grâce qui lui est propre. Sa touche : la singularité d’une femme.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: