Pour Francisco Cantú, les limbes se trouvent à la frontière des Amériques

Les yeux rivés sur le désert et les espaces arides du Sonoran, Francisco Cantú y a trouvé ce qu’il cherchait. Une vérité sur le destin des vies au coeur de la frontière. Cette ligne imaginaire entre le Mexique et les États-Unis.

“The Line Becomes A River” sont les mémoires d’un homme au bord de la rupture. La confession du pire, de la violence, du sable pourpre qui glisse dans le sommeil et du naufrage de la vertu. Un horizon de feu et de violence où les uns guettent le tressaillement des arbrisseaux et les autres, une brèche entre les barbelés. Dans un style proche de McCarthy et de Harrison, l’écrivain de 32 ans décrit avec brio l’immensité d’un paysage cruel dont la brûlure meurtrit autant les corps que la conscience. Un lieu comme un charnier bien loin de ce qui fut un jour le nouveau monde.

34818440.jpg
Source : goodreads.com

L’histoire est simple. Ce qu’elle implique l’est beaucoup moins. C’est le récit d’une tranche de vie en trois parties. Celle des années de Francisco à la frontière en tant qu’agent. Il y raconte la traque des immigrants, la destruction des vivres, les rares moments de compassion cornés par une brutalité sans nom, mais également la responsabilité de l’administration et son hypocrisie. Le narrateur a lui aussi sa part de responsabilité, la part du loup qu’il voit entre ses rêves. Une culpabilité qui le fera sombrer et continue de le poursuivre une fois rentré chez lui.

Sortit en février aux éditions Riverbed Books pour les US, le livre du jeune auteur a également fait mouche de l’autre coté de la Manche avec une parution chez Bodley Head au tout début du mois. Décrit comme un chef d’oeuvre, un bestseller aux yeux du New York Times, la presse n’en tarit plus d’éloges. Le thème de la frontière a également été saisi comme une aubaine par Esquire. Le magazine affiche clairement ses convictions et les présente de la façon suivante : “A must-read for anyone who thinks ‘build a wall’ is the answer to anything”. La référence ne laisse pas de doute !

Au-delà de la portée sociale et politique, les intentions de l’homme derrière la plume sont intrinsèquement liées à son passé. Sa mère est née d’un père qui a lui-même effectué la traversée. Un héritage qu’elle lui aura transmis tout comme l’amour des grands espaces. Elle les lui montre très tôt et lui donne goût à la nature sauvage. Après le secondaire, il quitte son Arizona natal pour étudier les relations internationales à Washington. Là-bas, il pense à la frontière, mais la doctrine ne suffit pas. Alors il prend la décision d’aller la voir, de l’étudier sans manuel, comme Jack London aurait pu le faire à une époque.

Après cette expérience de 2008 à 2012, Francisco Cantú utilise ses notes et ses souvenirs pour tout écrire. L’esquisse qui formera plus tard “The Line Becomes A River”. Certains journaux comme The Guardian en font un héritier du genre naturaliste américain. Pourtant les influences sont riches. Il évoque d’ailleurs Javier Zamora et Eduardo Corral au cours d’une interview. Deux poètes contemporains qui viennent respectivement du Salvadore et des États-Unis. Enfin, il avoue même s’être imprégné des lignes de Svetlana Alexievich et de ses voix perdues de Chernobyl pour l’écriture de son roman.

Un trait de génie ? Un beau phrasé ? Le choix seyant du bon sujet ? Celui qui vend ? Peut-être, mais pas seulement ! Car les murmures de ceux qui sont partis dans le désert sont bien réels et Francisco Cantú les a trouvés. Peut-être même au prix de s’y perdre un peu. C’est donc par son travail comme une enquête qui investit une scène de crime parfaite, qu’il a produit dans l’encre.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: