INTERVIEW – Nazca, un tour du monde spirituel à la sauce bluegrass

Avec deux EP au compteur et une influence bluegrass, la musique de Nazca est bercée par des voix féminines affirmées. A travers un héritage musical allant des percussions tribales aux classiques français, Juliette, Zoé, Navid et Marc font de chaque morceau un voyage spirituel. Toi qui pensais que de prendre le métro pendant une heure pour aller bosser tous les matins était un exploit, ton monde risque de prendre un bel uppercut dans la mâchoire !

Leur mojo, c’est l’unité. Et elle prend vie afin que chacun d’entre eux puisse aller au delà de ses capacités, expérimenter de nouvelles sensations, exister. Leurs différentes inspirations leurs permettent de mieux se comprendre et par conséquent, de travailler en harmonie.

Ces quatre admirateurs de First Aid Kit se sont donc penchés sur quelques questions que nous leur avons posées pour mieux comprendre leur processus de création.

Farouche : Comment vous êtes vous rencontrés ? Comment s’est formé le groupe ?

Tous : Le groupe s’est formé assez naturellement. Zoé et Juliette se connaissaient du lycée et avaient l’habitude de chanter ensemble. Elles ont rencontré Marc grâce à un groupe d’amis musiciens qui leur a suggéré de monter un projet auquel il s’est greffé spontanément. Nous avons plus tard déposé des petites annonces à la recherche d’un percussionniste, et ç’a été immédiatement le coup de cœur avec Navid.

Nazca est une ville au Pérou. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette ville pour donner ce nom à votre groupe ? 

Tous : En fait nous avons découvert après la création du groupe que Nazca était le nom d’une ville et également de tracés mystérieux en Amérique latine. De notre côté, nous avons choisi « nazca » parce que c’est une forme du verbe « nacer » en espagnol, qui veut dire naître. Pour nous, la musique est avant tout un moyen d’expression qui nous a vu éclore, et nous voulions nous en souvenir.

Pourquoi décidez-vous de chanter la plupart de vos morceaux en anglais ?

Tous : En réalité, nous chantons en trois langues : français, anglais et espagnol. Chaque langue a ses propres sonorités, son imagerie particulière, et une résonnance unique. Lorsque nous créons, la langue a tendance à s’imposer plutôt qu’à se laisser choisir. Ca n’est pas évident à expliquer, nous travaillons principalement à partir de bases musicales qui amènent une atmosphère et appellent une langue plutôt que l’autre.

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L’unité de Nazca. Photo : La paire de cerises

Depuis combien de temps chantez-vous ?

Juliette : Zoé et moi avons commencé à chanter ensemble alors que nous avions 15 ans, dans une petite chorale à Chalon-sur-Saône. Il y a d’ailleurs une chanson que nous avons apprise là-bas, que nous chantons encore à chacun de nos concerts. Pour ma part, j’ai l’impression d’avoir toujours chanté. J’ai grandi dans une famille qui s’exprime beaucoup à travers le chant.

L’unité, ça n’est pas évident à construire. Chacun arrive avec ses bagages, son appréhension du monde, et on doit tous faire des efforts pour comprendre l’autre dans son unicité, parfois accepter sans comprendre, et évoluer ensemble.

– Nazca

Comment organisez vous l’harmonie des voix quand vous composez vos morceaux ?

Tous : Ca peut paraître un peu casse-tête, mais pas tant que ça. A nous quatre, nous remplissons à peu près les 4 tessitures : Navid se range plutôt du côté des basses avec sa voix grave, Marc monte assez haut – c’est un ténor -, Zoé est plus à l’aise dans les graves – comme un alto – et Juliette a plutôt une voix aigüe de soprane. Donc en réalité, les rôles sont d’ores et déjà “attribués”. Ensuite, nous testons plein de combinaisons de voix possibles, et nous choisissons le meilleur compromis, celui dans lequel tout le monde se sent à l’aise et qui nous paraît équilibré. Les garçons ont en général un rôle de chœur, c’est-à-dire qu’ils accompagnent les voix lead des filles #girlpower

On sent que vous êtes tous proches, comme une famille. Dans “Behold”, on ressent énormément de bonheur. 

On est avant tout des amis, c’est sûr. Et avec le groupe, on a développé une relation très riche. On se connaît d’une façon dont très peu nous connaissent. Ensemble, on se sent comme une meute : il y a un esprit fort de loyauté, de solidarité, d’entraide, de bienveillance. “Behold” est une invitation à nous regarder droit dans les yeux, et à s’embraser tous ensemble, pour faire partie de cette danse autour du feu. L’unité, ça n’est pas évident à construire. Chacun arrive avec ses bagages, son appréhension du monde, et on doit tous faire des efforts pour comprendre l’autre dans son unicité, parfois accepter sans comprendre, et évoluer ensemble. C’est un travail de tous les jours. L’unité, ça ne veut pas dire “tous pareils”, ça veut dire “tous unis jusque dans nos différences”.  Et mine de rien, aujourd’hui, dans notre monde, c’est rare que les différences nous rapprochent…

L’alliance des voix s’entremêlent avec les instruments. Qu’est-ce que vous voulez dégager à travers l’utilisation de chacune d’entre elles ?

Tous : Chacun de nous a un caractère de voix assez précis. Ça n’est pas toujours facile de se retrouver dans une intention commune. Ta voix est le témoin de ce qui vibre à l’intérieur de toi, donc quand tu chantes, tu transmets ce que tu as à donner à ce moment-là. On aime appréhender nos voix comme une matière qu’on peut travailler, texturer de différentes façons, comme un bloc d’argile auquel on donne une forme puis une autre, sans dénaturer la matière pour autant. On ne veut pas se restreindre et s’enfermer dans des rôles. Par exemple, Zoé a une voix plus grave, droite et puissante, et Juliette a une voix plus douce, nuancée et aigüe, mais il ne s’agit pas de faire de Zoé un bloc d’airain, et de Juliette un agneau sans défense. Parfois on inverse les rôles, et c’est étonnamment bien ! On s’accorde pour donner de la tendresse puis une bonne claque tonitruante. Ça nous oblige à sortir de notre petite zone de confort.

D’où vient cette influence country ? 

Juliette : Je pencherais plutôt pour le bluegrass, qui se rapproche de la country c’est vrai, mais qui met encore plus l’accent sur les voix et les harmonies. Zoé et moi avons toujours écouté beaucoup de musiques avec des voix en harmonie. On était déjà assez sensibles à ce style, et notre prof de chorale l’a beaucoup nourri. Et puis on aimait beaucoup chanter ensemble, à deux voix, ou trois, ou plus, quand les autres copains se joignaient à nous. Le chant chorale est super agréable à expérimenter, on se sent unique dans sa voix, et en même temps on fait partie d’un grand ensemble qui nous porte.

Il y a un côté un peu religieux dans “For the braves”. Qu’avez-vous voulu partager à travers cette chanson ? Dans le clip, il y a un noir obscur assez parlant, comme si vous étiez en pleine introspection de vous-mêmes. Quel est le message que vous voulez faire passer ? 

Tous : On n’aime pas vraiment parler de religion, mais on reconnaît qu’il y a quelque chose d’ordre spirituel dans certaines de nos chansons. En particulier sur scène, où il y a une solennité incantatoire, quelque chose qui nous dépasse. On peut l’appeler comme on veut : dieu, l’énergie, l’amour, le partage, la grâce, la lune… c’est une force que nous palpons sans pouvoir la définir exactement, mais nous la recevons indubitablement. “For the braves” est un morceau qui parle des braves, de ceux qui recherchent inlassablement la vérité, ce qui est juste, bien, et qui ne trouvent pas de répit dans cette quête inexorable. Le titre décrit l’un de ces braves accablé par sa poursuite, qu’il vit comme une lutte cruelle contre lui-même, qui lui fait perdre tout repère. Il implore la lune de lui donner la paix intérieure. Dans cette chanson, le brave fait une ode à la lune, mais nous la chantons comme une ode à ceux qui ont le courage d’affronter la nuit.

Comment se passe la composition de vos morceaux ?

Tous : En général, Marc amène une base musicale, et Juliette une base textuelle. Et puis tout le monde vient mettre son grain de sel pour orner les propositions et pour que chacun puisse porter le titre et l’assumer de manière égale. C’est important que les compos ne soient pas imposées mais qu’elles soient le fruit d’une vraie collaboration collective, même si ça a tendance à compliquer le travail, ça le rend plus riche.

Que représente la scène pour vous ? 

Tous : La scène est un moment vraiment unique pour nous. Quand on joue, on se sent exactement au bon endroit. On a fait une trêve hivernale de trois mois, sans concert, pour composer, et on a repris la semaine passée au marché gare à Lyon, avec MPL, un groupe qu’on adore. On attendait ce moment avec impatience, et ça nous a fait un bien fou de retrouver un public, de mélanger nos voix avec les siennes, d’échanger avec lui, de lui donner à recevoir et de recevoir encore plus en échange. On fait de la musique parce que c’est pour nous une façon d’être, d’exister, c’est un tel épanouissement, on a envie de partager ce bonheur-là, cette urgence, cette nécessité vitale en quelques sortes. Travailler en studio c’est bien aussi, ça te permet de peaufiner les titres, ajuster ce que tu veux dire exactement, explorer des choses, mais sur scène, tu défends ton propos, en direct, peau nue impudique, moment intime et intense.

En plus de travailler sur leurs propres compositions, les quatre membres du groupe aiment inclure leur communauté dans leur processus créatif. Tout comme se laisser tenter par leurs propres coups de coeur et créer sur différentes covers pour “explorer de nouveaux horizons !” Parmi leurs covers, ils ont notamment repris “Digital Love” de Daft Punk ou encore  “Tombé pour la France” d’Etienne Daho. Mais ce n’est pas tout !

En parlant de cover, parlez-nous de celle d’Etienne Daho dans laquelle vous chantez donc en français, et non en anglais. Pourquoi les garçons ne sont-ils pas plus présents en terme de voix ?

Tous : On a toujours chanté dans les deux langues. Pour nous, ça n’a pas été un passage d’une langue à l’autre, c’est surtout qu’on aimait beaucoup ces deux titres, alors on a eu envie de les adapter à notre univers, de se les approprier. Les mecs ne sont pas tout à fait absents, ils apparaissent par petites touches, notamment à la fin du morceau, mais c’est vrai que les garçons ont généralement un rôle plus discret à la voix, ils soutiennent les voix des filles qu’on préfère mettre en avant. Ce qui n’enlève rien à leur indispensabilité. C’est le principe d’unité 😉

Comment ça s’est passé pour la cover de “Survivor” des Destiny’s Child ? 

Oula c’est une très vieille histoire ! Je crois bien qu’à l’époque, on avait demandé sur les réseaux sociaux des idées de reprises, et celle-là nous avait bien plue. Ca nous rappelait notre adolescence, et c’était un vrai défi de la ramener vers notre univers !

Quel est ce “volcan” dont vous parlez dans “Sur le volcan” ?

Ça n’est pas vraiment nous qui en parlons, puisque c’est une reprise de la Maison Tellier ! On ne sait pas à quoi eux faisait allusion dans leur chanson, ils y parlent aussi d’un tigre qui a faim, et pour moi, c’est une référence directe à Nietzsche… mais peut-être pas du tout pour eux !

Ce volcan pourrait représenter une forme de danger latent, qui explosera tôt ou tard, mais qui ne nous empêchera pas de danser. Malgré les peurs qui rôdent, les tigres qui guettent, et la vanité/absurdité de la vie, il nous faut danser, chanter, parler au monde, exprimer ce qu’il y a en nous. C’est tout ce qu’il nous reste et c’est ce que nous avons de plus cher. C’est comme ça que nous comprenons cette chanson.

Comment avez-vous imaginé ce concept de Sa(ha)ra ?

On a toujours aimé les sons bruts, percussifs et l’instrumentalisation acoustique. Il s’en dégage quelque chose de très organique, qui ne triche pas, sans détour pour celui qui écoute. Les tombass, les taikos, et autres grosses percus donnent un aspect épique aux titres. On avait envie de retrouver dans la musique cet esprit de tribu qui nous anime dans notre rapport les uns aux autres.

Nazca recommence les concerts et rentre en résidence en avril pour ajuster le live. Des exclus sont prévues pour l’été 2018. ” Ca fait “aouhhhh aouuuuh” au clair de lune… affaire à suivre”, ajoutent-ils. Avec autant de bonne humeur et d’énergie, comment ne pas vouloir découvrir leur univers !

Il paraît également qu’ils préparent un album pour 2019 et on espère que l’année va vite passer pour pouvoir l’écouter en boucle toute la journée.

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