INTERVIEW – Les Black Lilys célèbrent l’éphémérité entre frère et soeur

Il y a quatre, cinq ans, Camille a commencé à écrire. Très vite, son frère Robin a accompagné ses textes à la guitare. D’une expérience personnelle à un besoin de partager ce qu’ils ressentent avec leur public, l’aventure de Black Lilys est bien plus qu’une histoire de famille.

Quand on rentre dans leur univers, c’est comme si on débarquait dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles. La musique serait le labyrinthe à travers lequel ils renferment leurs émotions.

Lorsqu’on découvre des titres comme “Blood Ties”, Les Liens du Sang, on n’a plus de doute sur ce qui uni ce duo harmonieux. Avec une voix mélancolique qu’est celle de Camille, et le soutien de Robin de par sa voix ainsi que les instruments, Black Lilys prend vie. Et c’est à travers la langue de Shakespeare qu’ils ont décidé de raconter leur histoire.

En revanche, c’est en français qu’ils nous ont raconté leur parcours et comment est né leur premier album, “Boxes”.

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Rien ne vaut la complicité d’un frère et une soeur. Source : Anne-Laure Etienne

Farouche : D’où vient le nom Black Lilys? 

Robin : Nous voulions, avec Camille, un nom qui mettrait en avant les contrastes que nous aimons utiliser à travers notre musique. Entre douceur et dureté, sombre et lumineux. Nous aurions pu utiliser notre nom de famille et nos deux prénoms, mais il y avait déjà Angus and Julia Stone. Ils rient.

Il y a une influence un peu nordique dans notre musique. D’où vient-il ?  

Camille: Oh tu sais que l’on nous fait souvent ce rapprochement. Je pense que cela peut venir du fait que nous nous nous inspirions souvent de la Nature pour composer avec Robin. 

Nous avons grandi entre l’océan et la montagne au milieu de paysages très marquants. C’est la meilleure école de la vie. C’est une partie importante de notre identité, je pense que cela doit se ressentir dans nos chansons.

La musique nordique nous touche particulièrement. Rob est allé en Norvège et moi en Finlande. Nous rêvons aujourd’hui d’aller y jouer avec Black Lilys…

Quel est le rôle des voix dans vos morceaux ? La voix féminine prend souvent le dessus, et la masculine arrive comme pour la soutenir en fin de phrases ou de couplets. 

Rob : C’est encore cette histoire de contrastes. Nos deux voix sont très différentes. J’ai la voix bien plus grave que Camille. On a toujours aimé les mélanger. 

Je pense aussi que cet album m’a permis de m’assumer un peu plus à la voix que dans notre dernier EP. Nos envies évoluent, j’ai donc l’intention de passer un peu plus lead dans certaines de notre prochaines compositions.

Quel message voulez-vous faire passer à travers votre musique ? 

Camille : Il y a différents messages, différentes histoires dans cet album. Mais globalement, c’est un message lumineux, enveloppé dans des mélodies mélancoliques.Un message d’amour et de liberté qui se veut doux pour le coeur. « We all need darkness to see the light », nous avons tous besoin de l’obscurité pour voir la lumière. C’est en passant par des moments d’obscurité que l’âme va venir puiser par la suite le moindre petit rayon de lumière qu’elle croise. C’est comme si en prendre conscience te permettait de voir à travers certaines situations, le décor qui nous entourent. C’est un super pouvoir en quelques sortes. Au fond de nous sommeillent plusieurs super-héros.

Dans “Boxes”, l’univers change un peu, comme s’il devenait un peu inquiétant. Comme si c’était un peu cathartique. Est-ce que c’était volontaire ?

Camille : “Boxes”, c’est une chanson qui parle de l’acceptation de nos émotions, celles qui nous traversent pour en faire une force. Percevoir nos parts d’ombres pour rayonner de façon unique et vraie en harmonie. Dans le clip, les personnages s’expriment sous différentes formes. Tout ce qui était resté coincé ressort de façon parfois violente c’est vrai, ou plus de façon plus introspective et douce.

Pourquoi chanter en anglais ? 

Robin : On a pas vraiment réfléchi à la langue. L’anglais résonnait juste en nous. Nous avons grandi avec très peu de chanson française. Ça nous a semblé évident lorsque l’on s’est mis a composer.

Camille : On a écrit un premier titre en Français et j’aimerais bien inventer un nouveau langage sur un album un jour.

Nos caractères sont très différents mais à travers la musique on s’accorde naturellement.

– Robin, Black Lilys

Comment décririez-vous le caractère de l’un et de l’autre ? 

Camille : Robin est quelqu’un de réservé et très rassurant. C’est une personne d’une grande sensibilité et d’une extrême confiance. Il m’apaise beaucoup.

Robin : Camille est à la fois douce et pétillante, spontanée et très positive sur les étapes de la vie. C’est une personne très créative. J’ai beaucoup à apprendre de sa sagesse. Nos caractères sont très différents mais grâce à la musique, on s’accorde naturellement. C’est un mix de nous deux. 

Combien de temps a pris “Boxes” avant d’exister ? Quel a été le déclic pour sa création ?

Robin : Nous avons mis un peu plus d’un an pour créer les 11 titres de cet album. Nous jouions déjà la plupart de ces musiques en live avant de les mettre sur CD. Un des principaux déclics a été l’obtention de la Bourse Lagardère musicien auteur compositeur il y a deux ans. Nous voulions à la base en enregistrer quelques uns en format plus court, comme un EP, mais cette bourse nous a donné la possibilité d’en enregistrer davantage. Quand j’y repense, c’est parti d’un défi : “Chiche ?”

L’enregistrement de ce premier album est à la fois le souvenir d’une expérience aussi frustrante qu’excitante. Figer une chanson, un dessin, une peinture… te fait traverser différentes phases. Il t’arrive de douter, de te perdre et enfin de remonter à la surface avec l’idée précise de ce qui se logeait au fond de ton esprit, le message que tu veux exprimer et l’intensité que tu veux y mettre. Cela fait partie de la création, il ne faut pas le renier. 

Camille : Nous sommes constamment dans le désir d’évoluer, de créer des arrangements différents pour nos chansons. Par conséquent, ça a été un exercice intéressant d’accepter que nos chansons soient enregistrées ainsi sur cet album, comme des photographies d’une période de notre vie. La magie de la musique c’est aussi de pouvoir faire revivre ces chansons sur scène. C’est tout aussi passionnant.

Dans “Nightfall”, on se croirait dans un film ou une série type Broadchurch. Qu’avez-vous cherché à faire pour cette chanson ? Elle fait presque planer et nous propulse dans un autre monde. 

Camille : C’est intéressant que du dises que cette chanson te fait plonger dans un film parce qu’il est vrai qu’avec Robin, nous avons souvent des images en tête pendant nos phases de composition. On se plonge dans un décor. On imagine la pièce, les couleurs, les personnages. Tout devient très limpide ensuite pour animer l’histoire ou le souvenir.

Ce titre est sur l’inégalité et l’impuissance face aux sentiments dans un couple. C’est le malaise qui s’installe à l’intérieur de celui qui garde la passion brûlante à travers son corps et ne sait que faire de l’amour de l’autre qui s’estompe entre ses mains.

Pourquoi avoir choisi de tourner dans une forêt ?

Rob : Au tout début de la création de cet album, Nous sommes allés nous reposer et composer quelques jours à la montagne dans notre grange familiale, à l’extérieur de Grenoble. La plupart des chansons de l’album, dont “Nightfall”, ont été crées à ce moment-là. Cet endroit nous inspire beaucoup de par sa contrainte et sa simplicité : un puit, pas d’électricité, des champs tout autour… 

C’était assez symbolique pour nous que l’histoire commence à cet endroit. On y a d’ailleurs enregistré la plupart des guitares de Robin quelques mois après. Avec un bon vieux générateur !

Ils rient.

Camille : La foret où nous avons tourné la session acoustique de “Nightfall” n’est pas très loin de cette grange. Nous ne nous sommes pas posés la question très longtemps. Il y avait de magnifiques rochers qui nous entouraient et la lumière était mystique.

A la fin du clip, vous parlez de choses éphémères, du présent. Que représentent-elle pour vous au quotidien ?

L’éphémérité rend les choses magiques et surtout uniques. L’accepter rend ces moments précieux. En avoir peur te “dé-ancre” de l’instant présent. Leur durée de vie est très courte et quand tu observes un scarabée ou un papillon, c’est toujours aussi hallucinant de contempler la précision, la complexité et la beauté de son être. Ce monde est rempli de petites merveilles que l’on ne prend même plus le temps d’apprécier.

On sent parfois une influence un peu “The Broken Circle Breakdown”, notamment dans l’harmonie des instruments et le travail avec les voix. Comment se passe l’instrumentalisation de vos morceaux ? 

Robin : Nous aimons beaucoup ce groupe. Je crois même que Camille les a vu en live pendant leur dernière tournée, suite à la sortie du film, Alabama Monroe.

Camille : Ce film est magnifique et le concert était incroyable, effectivement. En fait, il n’y a pas de règles, cela dépend des morceaux. Nous aimons généralement mettre en avant les voix et la guitare de Rob. Les autres instruments en découlent naturellement. 

Robin : Nous avions toujours entendu des percussions ” tribales ” dans notre musique. Ça a été naturel de les mettre en avant dans certains titre de cet album. Nous sommes aussi très touché par l’émotion que peuvent amener les cordes, comme le violoncelle. On aimerait bien en utiliser plus dans nos prochains enregistrements.

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Aucun lien n’égale celui d’un frère et d’une soeur. Source : @black_lilys / Instagram

Vous utilisez énormément d’instruments différents. Pourquoi en changer à chaque titre ? 

Camille : On a toujours aimé utiliser des instruments différents dans nos chansons avec Robin. Nous n’aimons pas l’idée de devoir se brider à faire seulement ce que l’on pense savoir jouer le mieux. J’aime bien l’idée de retrouver son intuition d’enfant lorsque l’on entre en studio. Certains instruments sont destinés à revenir naturellement, d’autres non. 

Quelles sont vos inspirations ? 

Elles sont multiples. Il y a les influences de notre enfance, la folk-rock qu’écoutaient nos parents, mais chaque jour ce qui nous entoure nous inspire davantage. Des rencontres musicales, un voyage, un nouvel instrument…

Pour vous, quel est le rôle de votre musique ?

Robin : J’ai appris il y a quelques temps la signification du mot “résilience “. Faire d’une expérience douloureuse une force, en la retournant positivement. Je pense que c’est le principal rôle de notre musique avec Camille. Nous voulons que le public trouve cette force en lui.

Camille : La musique est aussi vitale pour nous. C’est notre moyen d’évacuer, de rêver, de penser le monde. C’est un grand journal.

Comment vivez-vous la scène ?

Robin : C’est l’endroit que nous préférons. C’est sur scène que le projet a vu le jour rapidement. C’est constamment différent. Bien que tu joues les mêmes morceaux, il n’y a pas une date qui se ressemble. Cela vient de l’échange avec le public.

Que voulez-vous partager avec le public sur scène ?

Camille : Nous souhaitons faire voyager les gens à l’intérieur de leur corps. Faire danser leurs cellules et qu’ils repartent forts et plein d’espoir.

Robin : Nous souhaitons faire vivre cet album sur scène, et pourquoi pas, à l’étranger. 

Si vous pouviez faire un featuring, avec qui voudriez-vous le faire ? 

Camille : En artiste français, j’aimerais bien Mathias Malzieu de Dionysos. C’est une personne assez extraordinaire et un grand poète de notre époque. Nous avons eu la chance de partager une date avec lui. C’est une très belle personne. J’aimerais beaucoup faire un featuring avec de belles femmes que j’ai rencontré la semaine dernière comme la chanteuse d’Enoia, Melba, Pomme, Flêche Love, Buridane… Toutes en même temps pourquoi pas. Elle rie. J’aime cette vague puissante de chanteuses, elles m’inspirent beaucoup.

Ils seront dès le 26 avril 2018 aux Écuries de Baroja à Anglet et continueront sur leur lancée dans l’ensemble de l’Hexagone.

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