“An American Marriage”, une histoire d’amour impossible sur fond de racisme et de délit de faciès

Cela fait un an que Roy et Celestial sont mariés. Jeunes et beaux, ils ont tout pour réussir la vie qu’ils se sont imaginée. Roy est dans la vente pendant que sa femme est confectionneuse de poupées. Ils sont au début de leur vie et les plans grouillent, comme les enfants qu’ils souhaitent avoir un jour. Mais quelque chose bloque. Quelque chose de sous-jacent, qu’ils savent tous les deux sans vouloir se l’avouer. Dans une première partie sombre, comme survolée par un secret que le lecteur n’a pas le droit de savoir, Tayari Jones nous présente ce couple et leur histoire grâce à leurs souvenirs, et ce qui les a façonné. Mais les révélations se succèdent, faisant du secret un personnage omniprésent, si ce n’est invasif.

Cependant, alors que ces deux tourtereaux d’Atlanta rendent visite aux parents de Roy dans la petite ville d’Eloe, en Louisiane, le destin décide qu’il est temps de mettre quelques obstacles sur leur route. Un peu comme une manière de se faire pardonner de la vie qu’il a eu, Roy avoue un secret pesant, qu’il se doit de lui confesser. Un secret qui va lui couter sa liberté.

Roy est accusé d’avoir violé une jeune femme qui résidait dans l’hôtel où ils ont passé la nuit. Arrêté et parce qu’il est noir, le juge n’a pas pris le temps d’écouter ce qu’il avait à dire. 12 ans. 12 ans derrière les barreaux pour un crime qu’il n’a pas commis. Le mariage est-il alors assez fort pour ne faire qu’un quand des fils barbelés empêchent deux moitié de ne faire qu’un. Commence alors la solitude. C’est ce que Roy et Celestial vont découvrir. 

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L’intrigue tient dans le titre. Source : Pinterest

Etre noir aux Etats-Unis n’est pas simple. Les préjugés et l’histoire veulent que les délits de faciès fassent partie de leur vie. Comme s’il fallait qu’ils soient toujours sur leurs gardes. Dans les deux autres parties du livre, respectivement nommées “Fais moi une place à table” et “Générosité”, les personnages évoluent, laissant petit à petit le lecteur rentrer dans leur vie et découvrir leurs secrets.

Dans une atmosphère pesante sur fond carcéral, Tayari Jones, en utilisant le point de vue de chaque personnage, écrit donc un livre en trois actes, laissant la parole à trois personnages. Cette règle de trois souligne à quel point le racisme peut affecter non seulement la vie d’un être humain et, comme un effet domino, toucher tous ceux qui l’entourent.

L’auteure utilise différents moyens de communication pour montrer la détresse de Roy, cet homme abattu et trahi par sa couleur de peau. D’abord grâce à des lettres, Roy reprend peu à peu l’usage de la parole, s’adapte à sa condition, permettant aux autres de reprendre une vie normale. Les autres personnages vivent au rythme des visites, des lettres. Le temps s’arrête. 

Il y a néanmoins une figure qui peut guider nos personnages vers le droit chemin : celle du père. Les pères de chacun des protagonistes sont un élément déclencheur et réveillent des facettes cachées chez chacun des personnages. La figure du père, comme du Père est omniprésente. Qui d’autre que le père peut apprendre à un enfant à aimer ? Roy tente d’y répondre.

Omniscient, le lecteur découvre la vie de Roy en prison comme ce qu’il se passe à l’extérieur des quatre murs dont il ne peut se libérer. Pendant qu’un homme a cessé d’avancer, le monde qu’il a construit avance. Sans lui. Profond, touchant, et tristement réel, Tayari Jones touche l’Homme là où ça fait mal, là où sa fierté est ébranlée pour éveiller les consciences. Sa couleur de peau a trahi Roy, mais il compte sur les siens pour ne pas l’oublier. De l’autre côté, du côté de la liberté, se trouve néanmoins Celestial, la femme qui l’aime, et qui doit jongler entre sa vie professionnelle et les visites en prison. Comment une femme peut-elle vivre les premières années de sa vie de femme si elle n’a pas l’occasion de l’être pour son mari ? 

Comment, à cause de la couleur de sa peau, Roy a-t-il perdu tout ce qu’il possédait et surtout, va-t-il réussir à récupérer ce que la société lui a pris ?

Grâce à l’écriture et l’honnêteté de Tayari Jones, on se retrouve propulsé dans le monde d’un homme façonné par les secrets qu’il a gardé, mais également ceux qu’on ses proches se gardent de lui avouer. Roy va-t-il réussir à sauver son mariage ?

Sorti le 29 janvier 2018 aux Etats-Unis, “An American Marriage” a ravi les critiques. Tayari Jones, la porte parole d’une société malléable pleine de préjugés et d’injustice.

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