“Je ne suis pas un homme facile” ou quand les femmes prennent le pouvoir

Damien, interprété par Vincent Elbaz, est un célibataire endurci qui se fait un plaisir de séduire toutes les femmes qu’il croise. Don Juan invétéré et admirateur de jolies filles, il n’a aucun scrupule à ne pas rappeler les filles qu’il rencontre. Sauf que, alors qu’il mate sans vergogne les jambes d’une jeune demoiselle, Damien se cogne contre un poteau et se retrouve dans une dystopie à laquelle il a du mal à croire.

Dans cette société matriarcale, les femmes ont cessé de se raser, sont devenues les patrons, mettent des costumes et courent seins nus – enfin, torse nu. Les hommes, eux, pleurent, s’occupent des enfants et mettent des shorts roses. Traumatisé par le monde qu’il découvre, Damien souhaite se réveiller de ce mauvais rêve. Il essaye de faire comprendre à son entourage que quelque chose ne tourne pas rond, qu’il n’est pas du genre à se faire malmener par les femmes ou même à s’épiler ! Il pense à une mise en scène, à une mauvaise blague, mais c’est bien la réalité. Ça n’était juste pas la sienne. Ce, jusqu’à ce qu’il rencontre Alexandra, jouée par Marie-Sophie Ferdane, une femme qu’il a nonchalamment séduit quelques jours auparavant, qui, d’assistante littéraire, se retrouve propulsée auteure à succès.

Je ne suis pas un homme facile est le premier long-métrage de la réalisatrice Éléonore Pourriat. Cette jeune cinéaste s’est fait connaître grâce à son court-métrage Majorité opprimée en 2010, qui raconte l’histoire de Pierre, un père de famille qui emmène son enfant chez l’aide paternelle, se fait malmener par la police, par les gangs de filles, et vit littéralement dans une société matriarcale.

A travers cette inversion des rôles, Éléonore Pourriat souligne l’inégalité à laquelle doivent faire face les femmes au quotidien comme la maternité, leur vie professionnelle mais également des préjugés qui leur collent à la peau.

Cependant, à part à Kiev où il a obtenu le prix du meilleur court-métrage, le film n’a pas eu de succès. En 2013, après avoir décidé de le mettre sur YouTube et le rendre accessible à qui voudrait, le court-métrage fait quelques 20 000 vues en quelques mois. Néanmoins, du jour au lendemain, les vues s’accumulent. Éléonore Pourriat a de plus en plus de demandes concernant son film, et publie donc une version sous-titrée de Majorité opprimée qui obtient jusqu’à 9 millions de vues. La version sous-titrée et l’originale ont, à elles deux, réunies plus de 15 millions de vues !

Homme Facile
Changer une roue, c’est un boulot de femme ! Source : Netflix

Suite à cela, en 2014, le géant américain Netflix s’intéresse à la cinéaste française et lui demande de réaliser un long-métrage inspiré de Majorité Opprimée, sur le même thème, avec les mêmes enjeux. Pierre devient Damien, et Alexandra est l’élément déclencheur grâce auquel il va se rendre compte de la situation dans laquelle se trouvent les femmes en 2018.

Après avoir obtenu le droit de vote, la possibilité d’avorter légalement, d’avoir des moyens de contraceptions ou tout simplement, de gérer leur corps comme elles l’entendent, la société régresse petit à petit. Une société dans laquelle il se retrouve malgré lui. Il serait néanmoins épaulé par Christophe, le meilleur ami de Damien, incarné par Pierre Bénézit lui-même.

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Pierre Bénézit dans le rôle de Christophe, un homme qui prend soin de lui, en plein baby blues. Source : Netflix

 

Dans le rôle des hommes, les femmes apparaissent violentes, verbalement agressives et leurs traits sont même parfois grossis pour que l’on comprenne la gravité de certaines situations. Certaines dont on ne réalise pas l’ampleur. Je ne suis pas un homme facile choque par sa proximité avec le monde réel. On attend des femmes qu’elles s’épilent, qu’elles soient douces, qu’elles ne rechignent pas et qu’elles portent des mini-jupes ? Voyons-voir ce que donne un homme en mini-short pendant les femmes portent le bleu de travail et s’occupent de faire tourner la baraque. Les éboueurs deviennent des éboueuses, les patrons sont des patronnes et les promotions canapé… restent les mêmes mais ce sont les hommes qui se retrouvent face au mur.

Au début du film, on s’attend à rire devant un film féministe qui ridiculiserait les hommes. Mais au final, ce qui se passe devant nos yeux est tellement vrai et dure à la fois qu’on n’a qu’une envie : compatir avec cet homme qui vient enfin de réaliser ce que la société patriarcale dans laquelle il a vécu toute ces années inflige aux femmes et l’image qu’elle leur donne. Une image qu’elles doivent incarner et rendre à la société pour se fondre dans la masse, être acceptées. Alexandra, cette femme riche, ignoble avec les hommes, possessive, dominatrice, n’est autre qu’une femme qui a porté ses couilles. Et ça a marché !

Le film est sorti sur la plateforme américaine Netflix dans 190 pays, le 13 avril 2018.

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