“Les Solidays, c’est bien plus que trois jours de concerts en plein air”

Ce qui caractérise cette vingtième édition des Solidays, ce festival engagé à lutter contre la prolifération du virus du Sida, c’est tout d’abord la diversité, dans la musique, comme dans les gens qui l’ont écoutée. Car, sans vouloir partir dans le mélo et la sentimentalité, une fois que l’on passe les portes de l’Hippodrome de Longchamp, les différences disparaissent petit à petit pour laisser place à la compréhension et à l’amour. Les familles se mêlent aux adolescents, les rockeurs s’intéressent au rap et tous les sexes vivent à l’unisson pendant ces trois jours gouvernés par la musique.

Après une longue semaine de boulot ou d’examens pour d’autres, le festival a ouvert ses portes vendredi 22 juin pour une soirée particulièrement franco-française. Avec Eddy de Pretto, Jain ou encore le collectif Bagarre et Nekfeu en tête d’affiche, on ne sait pas si c’est l’effet Coupe du Monde qui a créé cet engouement mais la scène musicale française a commencé cette vingtième édition avec émotion et dévotion. Les artistes ont alterné entre classiques et nouveaux morceaux pour accueillir ce premier coucher de soleil du week-end. A travers leurs différentes, que ce soient dans les styles ou les langues à travers lesquelles ils s’expriment, ils ont chanté à l’unisson pour faire un doigt au SIDA pendant que les gens buvaient leur bière et sortaient leur plus beau sourire, de jour comme de nuit. Ils annoncent la couleur dès le début : plus que trois jours de concerts, les Solidays c’est une mode de vie.

Deuxième jour. Samedi, le soleil a transformé l’hippodrome en grande colonie de vacances où même la présence de pollution s’est fait peu à peu oublier au profit d’un défilé de couleurs. Entre du saut à l’élastique et une attraction qui nécessite d’avoir un bon système digestif, les groupes s’installent et jouent leurs premières notes de musique sous les tentes et les scènes prévues à cet effet pendant que les stands se multiplient pour nous permettre d’oublier le quotidien l’instant d’un week-end.

A 17h, alors qu’Amadou et Mariam arrivent sur scène, le festival s’attend à accueillir encore de nombreuses personnes. Un peu plus loin, Her joue dans l’émotion, à base d’hommage et de notes plus belles les unes que les autres. Avec eux, on retrouve cette pop à la française un tantinet mélancolique qui a marqué les années 2010.

Pendant que j’écoutais ce groupe au nom féminin incarné par un homme, je me demandais ce qui a poussé Victor Solf et Simon Carpentier à s’appeler comme ça. Ce, jusqu’à ce que j’apprenne que ce dernier nous avait quitté l’année dernière et que cette question devienne totalement dérisoire. J’étais donc devant un groupe brisé, un homme qui avait perdu son co-équipier. La deuxième valve cardiaque de cette entité n’était plus. C’est alors que j’ai aperçu la tristesse dans la voix de Victor Solf, cette voix qui a perdu son alter ego. Doué, avec des paroles toutes plus intimes et travaillées les unes que les autres, il se tient là devant nous, la tête haute. Il est là pour Simon, pour sa famille, pour une cause, et pour son public. La musique l’a envahi et il ne peut plus s’échapper. Pendant qu’il chantait, les gens étaient touchés, émus, mais surtout, ils dansaient comme si c’était la dernière fois qu’ils le pouvaient. Her, c’était mon premier coup de coeur, et sûrement pas le dernier.

C’est alors que Roméo Elvis a pris le relais sur la scène Bagatelle, ce jeune belge qui a séduit la scène musicale française en un rien de temps avec des paroles honnêtes et surtout très personnelles. Avec une voix grave dans un corps frêle, il a ouvert son coeur juste avant la tombée du jour devant des milliers de personnes ! Le temps de finir son set, nous avons eu assez de temps pour rejoindre la scène Paris et retomber en adolescence le temps d’une petite heure avec Shaka Ponk, ces excités de la guitare aux voix hors du commun. A coup de crête et d’ensembles en cuir, les deux parisiens – même si on ne dirait pas – ont tous donné, en chantant d’anciens morceaux comme de nouveaux tubes. Evidemment, tout à une fin et après avoir sauté pendant soixante minutes, direction Chinese Man, pour une rencontre entre electro swing et rap US.

Avec un programme pareil, j’ai du faire un choix et je n’ai donc pas pu voir Mademoiselle K, Feu! Chatterton et Django Django, mais ce n’est que partie remise.

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The Kills en totale symbiose sur la scène Paris. Source : Nina Lecourt

Le seul bémol de la soirée reste sûrement la présence de David Guetta, ou du moins, sa non-présence. Alors que tout le monde donne de sa personne dans un festival de cette envergure, le DJ n’a pas trouvé mieux que de se pointer avec 45 minutes de retard, après avoir été hué rien que trois fois, sans même s’excuser. Il y avait tellement de monde qu’on ne pouvait presque plus respirer, on avait tous une journée de festival dans les pattes et on ne pouvait même pas s’asseoir. C’est alors qu’un des organisateurs est monté sur scène pour combler son retard. Que ce soit un problème technique ou juste un caprice de diva, le débat n’est pas là. La moindre des choses, c’est de donner à ton public ce qu’il attend. Dans ce genre de festival, peu importe ta renommée, tu mets ton égo de côté. De tous les groupes présents ce week-end, il a été le seul à être en retard. Dommage David, ce n’est pas nous que tu handicapes, mais bien toi et ta réputation.

“The Kills et Two Door Cinema Club font tout simplement partie de la bande originale de ma vie.”

Dimanche, c’est Polo & Pan qui ont lancé le bal, suivis par Juliette Armanet qui nous a enchantés avec sa voix magnifique, sa bonne humeur et son incroyable énergie. Toute d’argent vêtue, la jeune française a accompagné le soleil pour faire de cette dernière journée de festival un délice. Au piano comme au micro, cette jeune femme à plus d’une flèche à son arc, faisant parfois penser à un jeune Paul McCartney au féminin. Mais malgré cette touche française, ce sont les groupes étrangers qui étaient à l’honneur en cette dernière journée de festival.

 

La journée a alors pris un tout autre tournant dès que je me suis calée pour aller écouter Jungle qui jouait sur la scène Dôme. Je les suis depuis un certain temps maintenant, et les voir live est une toute autre aventure. Ils étaient là, devant moi, en chair et en os en train de chanter ces chansons qui ont bercées tellement de périodes différentes de ma vie. De “Busy Earning” à “Happy Man”, même seule, je bougeais petit à petit sur ces rifs sur lesquels j’ai pleuré mais aussi ri ! Et comme si cela ne suffisait pas, la madeleine de Proust a atteint son apogée en allant voir The Kills et Two Door Cinema Club. Ces deux derniers font tout simplement partie de la bande originale de ma vie. En train de danser comme si le monde autour de moi n’existait pas, les larmes sont alors montées pour me rappeler tous les moments de ma vie qu’avaient accompagnés ces deux groupes, leurs musiques, aussi différentes soient-elles, me permettant de crier les paroles comme si elles ne demandaient qu’à sortir depuis des années. Et c’était sûrement le cas.

Pendant que je revivais mon adolescence et que j’écoutais ces groupes qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd’hui, Thérapie Taxi faisait vibrer, Riles rappait et L’impératrice rassurait avec sa musique et sa voix enchanteresses.

C’est IAM qui a clôturer cette vingtième édition de ces Solidays, avec des titres aussi vieux que le festival lui-même comme de plus récents.

Ces artistes se sont donc succédés pour nous offrir trois jours sous le signe de l’humanité, de l’entraide et de l’amour mais également pour nous faire partager ce qui les motive et ce qui les pousse à créer pour nous permettre de vivre en musique.

A l’année prochaine !

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