INTERVIEW – Qui se cache derrière le groupe belge, Pale Grey ?

Il y a quelques semaines, on vous parlait de Pale Grey, ce groupe de jeunes belges qui vont rythmer vos vacances pendant que vous admirez le coucher de soleil et que vous écoutez le son des vagues. Et comme on ne sait jamais vraiment qui se cache derrière ces mélodies qui façonnent notre quotidien, on a décidé d’aller rendre une petite visite à Simon, Janjannes, Maxime et Gilles pour en savoir plus sur le groupe, leur quotidien et le histoire. Ces quatre jeunes hommes s’expriment à travers des morceaux planants aux styles extrêmement variés et se placent comme dignes héritiers de groupes comme Air ou encore Phoenix.

Farouche : Pouvez-vous dévoiler votre identité ?

Nous sommes quatre ! Simon Fontaine est à la batterie, Janjannes Montens est au clavier, Maxime Lhussier à la guitare et au clavier et Gilles Dewalque  est au chant et à la basse.

D’où vient le nom du groupe ? Pourquoi avoir opté pour un nom aux sonorités anglaises ?

L’anglais fait partie de notre culture musicale. La Belgique est un tout petit pays, on y parle trois langues différentes et on est coincé entre plusieurs grands pays comme l’Angleterre, l’Allemagne et la France. On a grandi en entendant d’abord l’anglais comme un instrument magnifiquement mélodique. On n’a donc jamais réfléchi sur le pourquoi du comment et l’anglais a tout simplement été une évidence, un reflex. La signification de notre nom en revanche, est liée à nos racines géographiques. On vient de l’endroit où il y a le plus de brouillard en Belgique, Les Hautes Fagnes. C’est un environnement à la fois très spacieux et feutré. Ce gris pâle représente une masse floue dans laquelle tout est possible.

Palegrey_waves_cover
Cover de leur album “Waves”

Et pourquoi l’avoir gardé dans vos paroles ?

Comme je l’ai dit plus haut, c’était assez instinctif d’utiliser cette langue. Pas parce qu’on la parlait mais parce qu’elle était pour nous comme un instrument utilisé dans toutes les productions dont nous sommes tombés amoureux à l’époque. Tout comme nous somme allés vers des guitares, on a utilisé l’anglais pour sa musicalité et sa capacité à nous faire voyager. Cette distance ne nous paraissait pas aussi présente dans notre langue maternelle. On aime tous le français et aujourd’hui, beaucoup de très bons artistes l’utilisent avec brio mais l’anglais reste comme collé à notre ADN de musiciens.

Dites-nous en plus sur vos origines et comment vous êtes-vous rencontrés ?

On vient pour la plupart de Malmedy dans les Ardennes de la province de Liège. Ados, Max et moi (Gilles), nous croisions sur le chemin de l’école avec nos looks singuliers trahissant d’un côté comme de l’autre une envie de faire du rock. Après avoir écumé ensemble les scènes et les festivals en tant que spectateurs, on a fini par s’y tester à travers d’autres projets en fin d’adolescence, suite à quoi, Pale Grey a germé petit à petit…

“On aime utiliser les samples un peu comme les indiens boivent le sang des bisons.” – Pale Grey

Comment avez-vous commencé à faire de la musique, ensemble comme individuellement ?

Avec Max, on sortait d’une petite expérience avec un autre groupe. On restait tous les deux sur notre faim avec une envie de cordes et d’électro. On s’est donc enfermés dans notre coin pour commencer à construire nos maquettes. Quand enfin on s’est senti prêt pour la scène, on a commencé à deux avec un ordinateur. On a vite eu besoin d’agrandir les rangs pour donner plus d’assise aux morceaux et surtout aux lives. Jan nous a donc rejoint avec ses machines. On est tous parti vivre à Liège pour nos vies professionnelles et là, on a rencontré le Collectif Jaune Orange dont nous faisons toujours partie. C’est là qu’on a intégré une vraie communauté de musiciens et d’amis dont Simon, notre batteur, fait partie.

Vous touchez à tout. Niveau instrument, création de samples ou encore styles musicaux. Vers quel style de musique opteriez-vous si vous deviez vous concentrer uniquement sur un seul d’entre eux ?

N’étant pas réellement “musiciens” de formation, on n’a jamais eu peur d’utiliser un instrument alors qu’on ne le connaît pas.  On a toujours été avant tout des consommateurs de musique et je pense qu’aujourd’hui, nos différentes influences musicales sont devenues totalement indissociables. On aime utiliser les samples un peu comme les indiens boivent le sang des bisons. C’est une manière de rendre hommage à des artistes qu’on admire tout en réinterprétant une partie d’eux dans notre œuvre.

Diriez-vous que chacune de vos personnalités ressort à travers cet album ? Car il est très éclectique, hétérogène et c’est très agréable.

Merci! Oui, clairement. Ces morceaux sont sortis de nos tripes. Chacun de nous est venu en mettant sur table des maquettes commencées individuellement dans une chambre, puis passées dans les mains de chaque membre du groupe pour un résultat collectif sans détériorer le diamant brut. On essaye de se mélanger en restant cohérent. On a composé d’autres morceaux en une journée, tous ensemble, comme dans un labo. Quelques fois on ne sait plus qui fait quoi. Ça nous a pris deux ans pour mettre cette dynamique en place et les morceaux de l’album en sont les survivants. Ils sont issus de nombreuses maquettes, parmi lesquelles on a eu envie de conserver celles qui nous faisaient le plus hérisser les poils.

Petite parenthèse : vous n’êtes pas trop dégoûtés d’avoir perdu la demi-finale de foot face aux français ?

Si. On était à Montréal pour voir le match. On voulait rejoindre une communauté belge pour se sentir entourés de nos compatriotes mais c’était rempli de français! Au final, la France mérite sa victoire et bravo à eux. C’est vrai que pour nous en Belgique, la France a toujours fait office de “grand frère” qui célèbre sa victoire depuis 1998 sans que nous ne puissions y faire abstraction et donc ce match était spécial et symbolique pour nous. Mais on est très content qu’un petit pays comme le nôtre soit arrivé à ce niveau avec un aussi beau jeu.

On est propulsé dans un monde onirique à travers votre musique, notamment dans “Billy”. Chantez-vous vos rêves ou rêvez-vous en chanson ?

S’il faut choisir, je pense qu’on chante nos rêves. On chante les choses qui nous habitent, qui nous inspirent. Nos chansons sont le reflet de ce qui nous émeut, de notre entourage, de nos influences. Quand l’inspiration débarque, on ne sait jamais trop dire d’où elle vient mais on sait qu’on a tout fait pour la provoquer à coups de rêves.

On sent l’évolution de votre style tout au long de l’album, comme un parcours émotionnel qui passe de l’onirisme au rock, qui rappelle les Kooks ou les Strokes. Y’a-t-il eu un changement dans vos inspirations au long de la composition de l’album ? 

On a jamais arrêté de se rafraichir les oreilles en écoutant des choses très variées et on a toujours essayé de ne pas faire deux fois la même chose en se remettant sans arrêt les uns et les autres en question. Ces aspects nous ont certainement poussés à diversifier nos propositions au fil du temps. L’album a bénéficié justement de ce temps pour que nous puissions l’équilibrer. Même si de nos jours on pense beaucoup aux morceaux à la pièce, avec les playlists, les singles et autres, nous avions envie d’un groupe de chansons complémentaires et unies, un peu comme une équipe de foot !

Comment vivez-vous ce deuxième album par rapport au premier ?

Honnêtement, on se sent plus proche et plus fidèles à notre envie sur ce dernier opus. Même si nous sommes toujours fiers de nos productions précédentes, on a l’impression d’avoir trouvé entre nous des manières de sortir les choses plus naturellement. On se connaît mieux et on apprendre à reconnaître ce dont on a envie. On prend également beaucoup de plaisir à les redécouvrir en live, comme si on reprenait les chansons d’un autre groupe.

D’où viennent vos inspirations lorsque vous composez ? 

On a tous beaucoup écouté d’indé comme celle produite par le label Anticon aux Etats-Unis, avec des projets comme Why? ou Sisyphus, des choses plus électroniques comme Jon Hopkins ou encore les derniers albums de Notwist. Pour les paroles, c’est plus la manière d’écrire à l’américaine, le song writing, comme celle de Damien Jurado, qui nous a influencés. On parcourt beaucoup de petites histoires racontant les vécus des héros de la vie de tous les jours. On peut également citer des groupes comme: David Bazan, Jungle, Battles, Explosions In the Sky, Gorillaz, Mac Demarco…

Il y a toujours ce côté un peu mélancolique dans vos morceaux. D’où vient-il ?

Ça fait partie des choses qu’on ne pourra jamais vraiment expliquer. La mélancolie, c’est la beauté de la tristesse. Pas que nous soyons de nature triste mais il y a là quelque chose de très touchant et émouvant. On fait de la musique pour ressentir des émotions à l’image des drames de cinéma. On vient d’un coin bercé par de grands espaces doux et tristes à la fois, c’est peut-être donc dans nos veines.

Dans “Hunter”, vous voulez “live in America”, vivre aux Etats-Unis. Quel est votre rapport aux Etats-Unis ?

La chanson exprime une fuite, un eldorado. L’Amérique représente dans notre inconscient collectif ces rêves où tout est possible, même si on sait que c’est surfait. À ce moment de la chanson, un personnage s’adresse à un autre pour le sortir d’une impasse en lui promettant une fuite vers une autre vie, plus grande, loin. En réalité, il la manipule pour l’enlever à d’autres fins. Le morceau peut avoir plusieurs lectures évidemment, mais le clip que nous avons réalisé offre également une histoire de désillusion, de promesse, le tout dans un long road-trip.

Comment s’est passé le featuring avec Serengeti ? Etait-ce quelque chose que vous vouliez faire depuis longtemps, de rajouter une touche de rap US dans vos morceaux ?

On aime le hip-hop depuis toujours, mais on n’avait jamais eu l’occasion de l’affirmer autant que dans ce titre. On était déjà fan de Serengeti, notamment de ce qu’il avait réalisé avec le projet Sisyphus. On avait ce titre – Late Night – qu’on aimait beaucoup, mais sur lequel on bloquait. Du coup, on a demandé à son agent avec qui on était en contact pour tout autre chose, si cela ne pouvait pas l’intéresser. Serengeti était partant, donc on lui a envoyé l’instru. On l’a reçu avec sa voix dessus et on a retravaillé sur cette base. En fait, sans s’être jamais rencontrés physiquement, on a procédé de la même manière qu’entre nous, à travers un jeu de ping-pong avec des fichiers mais au-delà de l’Atlantique.

“Light” est une musique sans parole, assez courte. On pourrait la mettre sur une bande originale de film. Si ça arrivait, avec quel réalisateur voudriez-vous travailler ?

Une BO qui nous a tous fort touché est celle du film “Her”. Quand la musique est simple et discrète tout en étant clairement le socle émotionnel d’une scène, c’est magnifique. C’est clair qu’on ne peut nier l’influence du cinéma sur un morceau comme celui-là, qu’on voyait aussi comme une pause, un moment pour respirer, un répit au cœur du disque.

Comment s’est passée la rencontre avec Yann Arnaud ?

 Max l’avait déjà rencontré lorsqu’il a travaillé sur son projet “Dan San”. Ils avaient gardé contact et Yann lui avait fait un bon retour sur nos premiers jets. Quand il a été question pour nous d’inviter quelqu’un pour remettre de l’ordre dans nos idées, sa personnalité et son expérience ont semblé coller avec nos envies. Nos titres étaient déjà très complets et très fournis, son travail a donc été principalement de les rééquilibrer. Tantôt en les épurant pour les rendre plus lisibles, tantôt en ré-insufflant des sons organiques pour les rendre plus vivants et plus chaleureux. Au final, il a vraiment fait preuve d’un énorme respect et d’une grande justesse pour donner la touche “classe” qu’on peut, je l’espère, percevoir dans nos chansons.

Avez-vous des projets en cours ?

Pour le moment on tourne beaucoup avec Waves et cela ne nous a pas encore donné l’occasion de nous pencher sur de nouvelles productions. On est évidemment tous en train d’accumuler de la matière, chacun de notre côté, en attendant de pouvoir la mettre en commun mais on a également tous pas mal de projets externes à celui-ci. Laissons le temps au temps.

Pale Grey sera au Festival Hop Pop Hop le 15 septembre prochain à Orléans et on s’en réjouit déjà !

One Comment

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

w

Connecting to %s

%d bloggers like this: