Avis de tempête sur la scène musicale internationale : Ulrich Forman nous dévoile son premier album

Auparavant compositeur et dans l’ombre d’autres projets que le sien, comme un artiste qui aurait perdu sa voix, Ulrich Forman a enfin retrouvé la sienne grâce à ce premier album, “Chapter III / A Perfect Storm”, sorti le 2 novembre 2018. Rempli de morceaux composés depuis plusieurs années, ce premier album est une introspection sur la vie de ce mystérieux artiste dont on aimerait en savoir un peu plus. Un album touchant et personnel aux influences anglo-saxonnes. Nous n’avons donc pas attendu plus longtemps chez Farouche pour partir à la découverte de l’énigmatique Ulrich Forman.

Farouche : Peux-tu te présenter ?

Ulrich Forman : Je m’appelle Ulrich Forman… ou plutôt, je me fais appeler Ulrich Forman. J’ai beaucoup composé et produit pour d’autres… pour des artistes ou pour le cinéma. Puis un jour, un événement de ma vie personnelle m’a poussé à écrire pour moi. Des chansons aux propos plus introspectifs. Alors paradoxalement, pour porter ces mots et ces mélodies j’ai choisi un pseudonyme, celui de Ulrich Forman. Sans doute par pudeur, je porte ce nom comme d’autres portent un masque… ou des casques.

Alors, de quoi parles-tu dans tes morceaux ? 

Tout les titres que j’ai sorti sous le nom d’Ulrich Forman n’évoquent, presque malgré moi, que des choses très personnelles. Sans doute trop personnelles pour en faire l’explication de texte. Mais tout ce que je traverse est là, à qui sait écouter.

Comment as-tu commencé à faire de la musique ? 

Enfant, lors du décès de mon arrière grand-mère, mes parents ont hérité de son piano, un vieux Gaveau quart de queue. N’étant pas du tout musiciens et notre salon ne permettant pas vraiment d’accueillir cet instrument imposant, mes parents ont hésité puis, selon leurs dires, j’ai demandé à l’avoir dans ma petite chambre… Autrement dit, dans cette chambre, j’avais seulement un lit et un piano !

On a donc cohabité, j’en ai fait mon garage à petites voitures, mon bureau, ma piste de danse et enfin il m’a permis de me révéler à moi-même. C’est donc dans cette chambre avec ce vieux piano que les choses ont commencé.

“J’ai toujours aimé faire cohabiter la pop et la folk.”
– Ulrich Forman

Quel est donc ta relation avec ta guitare et ton piano ? 

Ces moments où je suis seul au piano – plus qu’à la guitare – sont des moments d’introspection pure. Je suis coupé du reste du monde, comme dans une bulle… comme dans cette chambre d’enfant. Je me reconnecte avec le petit garçon que j’étais.

D’ailleurs, en parlant de l’enfance, dans “Today”, on te voit seul puis pris en stop par une jeune fille qui n’a clairement pas l’âge d’avoir le permis. Qu’est-ce que la présence de cette enfant déclenche dans le personnage que tu incarnes ? 

J’ai un rapport très intime à mon “enfant intérieur”. Dans le clip, on ne sait pas si c’est une enfant qui conduit ou juste l’image de “l’âme d’enfant” de la conductrice qui est donc sans doute une adulte. Le personnage que j’incarne dans le clip, au contact de cette “âme d’enfant” retrouve lui même la sienne. Dans la vraie vie ce n’est pas une MG de 1960 qui me sert à faire ce voyage jusqu’à moi même mais ma musique.

Tu as un style très folk, notamment dans “All I Want”. Qu’est-ce qui t’attire dans ce style musical ? 

J’ai une façon très “imagée” de concevoir la musique. Une mélodie, une harmonie, un arrangement ou une orchestration m’évoquent des paysages, des couleurs, des “chapitres” de ma vie …

Le côté très boisé des guitares folks et de ce type de jeu en “picking” m’évoquent des paysages dignes de grandes fresques cinématographiques qui d’une certaine manière sont en phases avec mes émotions au moment où j’écris le titre. Des émotions qui guident ma vie au quotidien et qui en deviennent le contexte. Un titre comme ”All I Want” en est la bande originale.

Aujourd’hui, dans les nouveaux morceaux de “Chapter III / A Perfect Storm”, ton style est un peu plus pop. Comment s’est déroulée leur composition ?

Les titres que j’ai sorti ces dernières années étaient, il est vrai, essentiellement “folk”, mais les singles les plus exposés au public étaient pop, comme ”I’m in Love” ou ”I Got You”. J’ai toujours aimé faire cohabiter la pop et la folk.

Mes influences sont larges, de Bon Iver à Chopin en passant par les Beatles ou Nick Cave.

Pourquoi as-tu décidé de chanter en anglais ? 

Comme je le disais tout à l’heure, mes chansons évoques des choses très personnelles. Sans doute, tout comme j’ai utilisé un pseudonyme pour me ”cacher”, ne pas écrire en français me permettrait également de brouiller un peu les pistes pour celui qui chercherait à comprendre de quoi je parle. Il y a un mini effort à faire ! Puis par ailleurs, je suis un enfant de la pop anglo-saxonne, alors la langue anglaise s’est imposée d’elle même.

Parlons un peu de ta musique live. As-tu un groupe fixe qui te suit sur scène ?

Sur scène et en fonction des concerts, j’ai différentes “configurations” possibles. À trois musiciens, à quatre, à cinq ou plus. Le noyau dur reste le même. Ce sont des amis de longue date avec qui je vis et travaille depuis des années. Il y a Gaetan Allard, qui a d’abord été à la batterie puis maintenant à la guitare, Clément Febvre à la batterie et Stéphane Gasquet, Julien Desguines ou Minh Pham aux claviers, Sabine Balasse au violoncelle ou Yann Lupu au trombone et à la trompette. Tous, sont autour de moi depuis des années et m’aident chaque jour à porter le projet Ulrich Forman.

Quel est ton rapport à la scène ?

Comme, encore une fois, mes titres sont très personnels, la scène est le lieu où ces préoccupations “intimes” sont offertes au public et deviennent en quelques sortes des propos plus universels.

Comment se fait-il que tu sois déjà au Chapitre III pour ton premier album ?

Le concept d’album est un peu dépassé selon moi. Rares sont ceux qui écoutent encore des albums dans leur intégralité. En ce sens, ”Chapter III – A Perfect Storm” est la réunion de titres qui évoquent une période de ma vie, celle qui succède une autre période évoquée dans mon ”Chapter II”. On verra bien de quoi l’avenir sera fait.

Ulrich Forman by Alex Tissot_42.jpg
Copyright : Alexandre Tissot

Quelle place occupe la solitude dans ta musique ? 

Dans ma vie de tous les jours, je suis très entouré mais c’est vrai que j’ai un rapport exclusif et intime avec la création musicale qui me coupe souvent des autres. J’ai encore beaucoup de mal à inviter autrui dans ma petite bulle. Une bulle certainement baignée de mélancolie mais rarement de tristesse.

Tes clips se passent beaucoup dans des forêts, des bois, ou tu te perds souvent dans tes pensées. Quel rôle à la nature pour toi ? 

La forêt et de façon générale la nature, a un aspect intemporel. Elle vit au rythme des saisons mais pas à celui des années. Elle était là bien avant nous et sera sans doute là bien après. La nature nous rappelle tous les jours à quel point nous sommes “petits” et de passage.

Aussi grandes sont nos joies ou nos peines, elles ne sont qu’éphémères. Perdu au milieu de cette foret je cherche sans doute un sens à tout cela.

Les femmes sont très présentes dans tes clips ? Quel rôle occupent-elles dans ta musique ? 

“Les” femmes ne sont pas “présentes” dans ma musique, en revanche, certaines femmes sont centrales dans ma vie et donc nécessairement dans ma musique. Je mets l’Amour au dessus de tout. Quoi de plus important ? Qu’est ce qui vaut plus la peine d’être vécu que cela ? Qu’est-ce qui vaut plus la peine d’être mis en musique ?

Pourquoi est-ce important de réaliser toi-même tes clips ?

Encore une fois, les titres sortis sous le nom d’Ulrich Forman sont des introspections, des confidences, des déclarations d’amour … intimes et personnelles. En réalisant mes clips moi-même je ne fais qu’exprimer les mêmes choses mais sous d’autres formes et avec d’autres outils. Fort heureusement je suis entouré de personnes de talent dont c’est réellement la spécialité et qui m’aident dans la création de ces clips. Je pense à Alexandre Tissot, Nicolas Garnier, Sébastien Le Gallo ou encore Tom Gutt.

Quels sont tes projets à venir ? 

Dans les prochains mois sortiront une version “enrichie” de l’album avec quelques titres en plus. Il y aura également des versions alternatives de certains titres. J’y travaille. De plus, je finalise la bande originale du film “Andy” (Titre provisoire) de Julien Weill avec Alice Taglioni et Vincent Elbaz, qui devrait sortir au printemps.

En parlant de cinéma, si tu pouvais faire le soundtrack d’un autre film, ce serait lequel ?

Difficile de répondre à cette question. Je suis moins touché par un/une réalisateur/réalisatrice que par une histoire. J’aimerais donc pouvoir composer la bande originale d’une histoire d’amour contemporaine – quelqu’en soit la forme – sur fond de grands paysages d’ouest américain. Une histoire qui prendrait son temps pour se développer.

Avec quel artiste aimerais-tu faire un featuring si tu le pouvais ? 

J’adorerais enregistrer un titre avec Feist dont la voix et la musique me touchent profondément. Ça a été à deux doigts de se faire il y a un an ou deux… Espérons que ce ne soit que partie remise.

Ulrich Forman sera en concert cet hiver aux Etats-Unis, notamment à New York et en Californie. Pour la France, il va encore falloir être patient mais on espère qu’il viendra vite dans l’Hexagone pour partager sa musique et son histoire avec nous.

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